Education Talks : constituer le mélange adéquat

Qu’est-ce que l’apprentissage a en commun avec le gin ? Et quels cadres peuvent nous aider à comprendre l'apprentissage mixte ? Michael Hallissy, chercheur indépendant et fondateur de H2 Learning, se penche sur ce concept très actuel et aux multiples définitions.

Qu'est-ce que l'apprentissage mixte ?

L'apprentissage mixte est une approche hybride qui combine l'apprentissage à l'école avec l'apprentissage à distance, y compris l'apprentissage en ligne. Je pense que cette virgule est très importante, car c'est une très bonne définition, qui est assez large et générale, et qui peut donc inclure un certain nombre d'autres définitions, en fonction du contexte. Et je pense qu’il s’agit là d’un élément clé pour moi, mais il n'existe pas de définition universelle de l’apprentissage mixte. Récemment, j'ai fait la connaissance de membres du personnel d’une école qui m'ont dit que selon eux, le terme apprentissage mixte était utilisé de façon abusive à gauche, à droite et au centre. J'ai souri, mais je n’étais pas entièrement d'accord. Ce que je leur ai dit, c’est qu'il fallait favoriser la compréhension de ce qu'est l'apprentissage mixte dans le contexte en question.

Comment l'apprentissage mixte fonctionne-til en pratique?

En ce qui me concerne, avec une collègue professeur, Deirdre Butler de la Dublin City University, nous jugeons que l'apprentissage mixte peut être assimilé à l'élaboration d'un mélange de gin. Donc, en fonction des composants botaniques, des autres ingrédients et de la manière dont on les combine et en fonction de la préparation, on obtient un mélange différent. Alors, quels sont nos ingrédients ? Quels sont les aspects auxquels il faut penser lorsque nous constituons notre mélange ?

La première question est de savoir où l'apprentissage a ou aura lieu. Et nous avons besoin d'un mélange qui soit adapté à nos élèves et nous devons réfléchir aux questions suivantes : allons-nous être en mesure de fréquenter l'école en présentiel ? Les cours seront-ils dispensés en ligne ? Allons-nous concevoir des activités d'apprentissage que les élèves feront de façon autodirigée pendant leur temps libre et dans le cadre desquelles ils travailleront peut-être sur un ordinateur ou avec un autre support - sur du papier, dans une galerie, etc. On doit aussi réfléchir à l’endroit où l'apprentissage aura lieu et à la composition du mélange.

La prochaine question consiste à savoir comment l’apprentissage a lieu. C'est ce que j'appelle les stratégies d'apprentissage. Et ce cadre que nous avons créé se fonde sur le travail du professeur Diana Laurillard et de ses collègues du University College London, et se dénomme le cadre ABC. Au cœur du cadre figurent six types d'apprentissages qui sont basés sur le cadre de conversation de Diana Laurillard. Il s’agit de l’acquisition, la collaboration, la discussion, l’investigation, la pratique et la production. Avec des collègues, j’ai aussi ajouté à ce mélange le bien-être social et affectif et les possibilités d'évaluation. Et ce cadre nous fait réfléchir aux résultats de l'apprentissage. Quels objectifs souhaitons-nous faire atteindre aux apprenants ? Donc, si nous imaginons ce mélange, nous devons aussi réfléchir aux outils et aux moyens technologiques dont nous disposons. Ainsi, si nous souhaitons que les élèves s’intéressent à un contenu avant de se rendre en classe, nous pourrions leur partager une vidéo YouTube. C'est ce qu'on appelle l'acquisition. Si nous souhaitons les faire collaborer en ligne nous pourrions leur demander d'utiliser un moyen technologique et Microsoft Teams, pour qu'ils puissent collaborer en ligne. Si nous souhaitons qu’ils discutent avant de se rendre en classe, ou pendant le cours, et particulièrement en ce moment, s'ils ne se rencontrent pas dans un espace physique, nous pourrions utiliser un outil comme Teams, Zoom ou Google Classrooms. Nous avons donc des options. Et nous devons tout le temps réfléchir aux stratégies d’apprentissage et aux technologies qui leur permettront de prendre vie. Ça fait donc partie de notre mélange. En fin de compte, c'est l’enseignant qui décide, en fonction du contexte

Quelles leçons peut-on tirer de la fermeture des écoles en raison de la pandémie de Covid-19 ?

Pendant cette période, notamment depuis le 12 mars 2020, les enseignants ont investi beaucoup de temps et d'énergie dans l'apprentissage de nouvelles technologies. Utiliser le cadre TPACK, qui a été développé par Mishra et Koehler et qui s’appuie sur le travail de Shulman, c’est ce qu’on appelle les connaissances technologiques, la familiarisation avec les outils numériques. Toutefois, nombre d’enseignants et d’écoles se rendent maintenant compte qu’il ne s’agit que d’une pièce du puzzle et que si nous souhaitons réellement mettre en œuvre de bonnes pratiques d’enseignement et d’apprentissage, nous devons aller au-delà des connaissances technologiques. Et dans le cadre TPACK, cela signifie qu'il faut combiner les connaissances pédagogiques avec les connaissances spécifiques à la matière et les connaissances technologiques. Donc, si nous enseignons les mathématiques, par exemple en utilisant des technologies numériques dans le cadre d'un apprentissage mixte, nous devons réfléchir au contenu, aux meilleures stratégies d’apprentissage et aux technologies, et combiner les trois pour atteindre notre cible qui se situe au milieu, notre TPACK.