La métacognition : un moyen pour renforcer l’enseignement et l’apprentissage

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Dans cet article, Michel Grangeat de l'Université Grenoble Alpes en France partage son expertise sur la métacognition comme moyen de renforcer l'enseignement et l'apprentissage.

Introduction à la metacognition

La métacognition est un moyen d'anticiper, de surveiller, d’adapter et d'évaluer la cognition. À l'école, elle dépend de la conscience qu’a l’élève de ce qui doit être appris et réalisé, de quelle stratégie est appropriée et faisable, et de l'état de son avancée dans la tâche.

EPermettre aux élèves de superviser leurs propres apprentissages améliore leur sentiment de responsabilité et de motivation. En outre, en réduisant la charge de travail enseignante, cette dévolution libère du temps à consacrer aux besoins spécifiques des élèves, ceux en difficulté ou en réussite, ceux qui sont aux prises avec le problème et ceux qui le comprennent rapidement et pertinemment.

La cognition et le cerveau

La cognition repose sur une combinaison de trois systèmes qui ne sont pas équivalents.

Le premier système est rapide, efficace et économique : il consiste à s'appuyer sur la perception immédiate pour résoudre le problème en jeu. Lorsque la situation est relativement stable, ce système 1 est suffisant et permet d'économiser de l'énergie pour d'autres tâches.

Le second système est lent, logique et coûteux : il consiste à réfléchir sur la situation pour en identifier les principaux facteurs et à trouver une solution adaptée au nouveau problème. Le système 2 est consommateur d'énergie car il requiert attention et persévérance.

Le troisième système empêche les deux autres systèmes de réagir automatiquement en utilisant des méthodes ou des rapprochements obsolètes. En d'autres termes, le système 3 empêche le système 1 de répondre trop rapidement à la question en jeu et il empêche le système 2 de déployer des raisonnements inappropriés.

Comme nous pouvons le voir, le système 3 est très précieux à l'école ! Il est basé sur la métacognition.

La métacognition nécessite des ressources

Tout d'abord, il faut être conscient que l'apprentissage est un processus long et non-linéaire. Certains élèves en difficulté croient souvent que l'apprentissage est automatique et ne nécessite aucun effort. Malheureusement, la façon dont les élèves en réussite réagissent en classe leur confirme souvent ce malentendu.

Deuxièmement, il faut connaître la spécificité de la tâche en jeu. Il est évident que les raisonnements en mathématiques, en biologie, en physique ou en technologie impliquent différentes méthodes et concepts, même si les mots pour les décrire sont semblables. Démontrer ou élaborer des hypothèses impliquent différentes façons de faire dans chaque discipline, et parfois à chaque niveau scolaire dans la même discipline, même si les enseignants utilisent les mêmes mots. Sans une compréhension claire de ce qui est attendu, le système 1 des élèves en difficulté tend à activer trop rapidement une compréhension inexacte du problème.

Troisièmement, un ensemble de stratégies doivent être disponibles pour surmonter le problème, orienter l'investigation, ou réaliser les tâches attendues, un simple exercice ou un projet complexe. Par exemple, il existe différentes méthodes pour mémoriser une leçon ou un texte, mais elles pourraient être inconnues par les élèves en difficulté. Souvent, ils croient qu'ils doivent réécrire le texte plusieurs fois, ou le lire juste avant de dormir, ou juste avant la classe, etc.

Ces idées des élèves sur l'apprentissage ne sont jamais totalement fausses mais, souvent, elles ne sont pas vraiment appropriées. En conséquence, ils devraient avoir la possibilité de discuter de ces questions avec les membres de l’équipe éducative.

La métacognition n'est pas générale mais est liée à une activité spécifique

L'idée que des connaissances générales sur la cognition pourraient être suffisantes pour améliorer les apprentissages n'est pas pertinente puisque la cognition est toujours liée à un contenu et une tâche très spécifiques.

En conséquence, ce serait une perte de temps que d’enseigner aux élèves comment, d'une manière générale, mémoriser, comprendre ou démontrer un problème. Il y a toujours un seul et unique problème en jeu et la métacognition doit être adaptée à ce problème précis.

Les questions sont les suivantes :

  • Ce problème est-il similaire ou différent des problèmes habituels ? 
  • Quelle est la spécificité de ce problème ? 
  • Comment en surmonter les difficultés inhérentes ?
  • Comment savoir si la stratégie choisie et utilisée est susceptible d'être efficace ?
  • Comment savoir si je réussis dans la réalisation de cette tâche précise ?

La seule procédure générale qui est décrite comme pertinente par les recherches récentes réside dans l'établissement d'un climat de classe qui favorise la motivation. Les étudiants doivent être aidés et encouragés à poser des questions, à répondre même s'ils ne sont pas sûrs d'eux, à commenter le travail de leurs pairs et à accepter les commentaires des autres. En bref, la métacognition des élèves dépend de la  réflexion préalable des enseignants sur la façon dont se déroule l’enseignement.


Michel Grangeat est professeur émérite de Sciences de l'Education, et ses recherches visent une meilleure compréhension des processus qui mettent en avant l'activité et le développement professionnel dans l'enseignement.