Noter moins, rechercher plus, enseigner mieux

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À l'université d'Oxford, où elle travaille en tant que professeure associée, Victoria Elliott a vu de nombreux élèves passer leur temps à résumer la recherche en éducation. Dans quelle mesure une telle démarche est-elle utile ? Elliott montre que parfois la recherche reste de la simple recherche … et que parfois, elle est à l'origine d'innovations en classe du bas vers le haut qui changent la donne.

Le volet le plus gratifiant de mon travail pendant les trois dernières années a été de me rendre dans des écoles et d'être reconnue comme l'auteure principale de A Marked Improvement? (a review of the research on written marking).  Des sourires s'affichent sur les visages des enseignants et je reçois des poignées de main chaleureuses. Pourquoi ? Parce que cette recherche a fait une différence dans leur vie.

Le rapport en lui-même ne fait pas grand-chose, mis à part affirmer qu'il existe peu de preuves tangibles de réussite en ce qui concerne les pratiques mises en œuvre jusqu'à présent - à savoir la rédaction de longs commentaires, l'évaluation détaillée régulière et la notation des travaux des élèves. Il affirme que les entretiens de feedback semblent avoir un impact, et que si les élèves n'ont pas la possibilité d'agir sur le feedback, il n'y aura probablement pas d'effets positifs. Il soutient également que les enseignants passent beaucoup de temps sur des pratiques dont ils n'ont pas la certitude qu'elles fonctionnent et qu'ils devraient peut-être essayer autre chose. Il encourage les enseignants à noter moins, mais mieux.

Le rapport a été publié en avril 2016. En mai 2016, une école primaire à Londres, érigée sur le site de la maison de Charles Dickens alors que le père de ce dernier était en prison pour dettes a lu le rapport dans le cadre de son son « club de lecture ». Ce club de lecture offre la possibilité aux enseignants d'entrer en contact avec la recherche. À intervalles réguliers, idéalement une fois par mois, un groupe se réunit pour lire des recherches, en discuter, et déterminer si elles peuvent avoir un impact sur l'environnement scolaire. A Marked Improvement? a touché une corde sensible chez Jemima Rhys-Evans et son équipe. Ils ont participé à un projet de recherche scolaire pour étudier quelques-unes des idées, et tester un modèle de notation en direct et de feedback oral. Le projet s'est étendu aux établissements scolaires de l'Alliance des écoles du sud de Londres, et s'est transformé en une ressource de haute qualité pour les enseignants : Mark Less, Mark Better. Jemima Rhys-Evans a présenté ce projet dans les établissements scolaires à Londres et au-delà.

L'école primaire Charles Dickens n'est qu'un des endroits que j'ai visités où les processus de notation ont été transformés en des séances de commentaires au cours des dernières années et A Marked Improvement? a été le tremplin pour le changement. Les membres du corps enseignant sont très contents de la transformation, car ils ne sont plus contraints de noter des piles de livres d'exercices jusque tard dans la nuit. Ils repèrent un malentendu et le corrigent rapidement. Ils passent beaucoup plus de temps debout en classe à surveiller les enfants en vue de leur donner un feedback. Ensuite, les enfants réalisent le gros du travail. Les écoles signalent un renforcement des progrès et de l'apprentissage autonome.

Voilà en quoi réside le pouvoir de la recherche. La recherche peut changer la vie des enseignants et celle des élèves. Elle peut provenir d'une synthèse rédigée par une autre personne, mais la recherche la plus intéressante est celle réalisée au sein de votre école, à travers la mise à l'épreuve et l'évaluation systématiques d'un plan qui s'appuie sur des preuves externes de pratiques efficaces et la mise en place de méthodes qui fonctionnent dans votre contexte avec vos élèves.

Or, sans cette impulsion externe, vous risquez de passer un temps fou à réinventer la roue ou d'oublier de remettre en question les idées reçues. Les chercheurs affirment souvent que se reposer sur le travail d'autrui revient à « se jucher sur les épaules de géants ». Pour les enseignants, des études comme celle-ci servent au moins d'escabeau.


Victoria Elliott

Victoria Elliott est professeure associée d'anglais et d'alphabétisation dans le département de l'éducation de l'université d'Oxford. Auparavant, elle était professeure d'anglais dans des écoles publiques dans le Yorkshire. Elle s'intéresse à la recherche dans les domaines de l'enseignement de la littérature, de la notation, du feedback et des méthodes de recherche. Elle publie sur Twitter à ce sujet depuis le compte @veldaelliott.