Évaluation formative, évaluation-soutien d’apprentissage et tout le reste...

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L’évaluation est la passerelle entre l’enseignement et l’apprentissage. C’est le seul moyen dont nous disposons pour comprendre l’effet de notre enseignement sur nos élèves et de préparer le futur en conséquence. Le professeur émérite Dylan Wiliam, auteur sur le sujet du célèbre petit ouvrage Inside the Black Box, nous explique ce qu’est et ce que n’est pas l’évaluation formative.

Les enseignants ont tous le même petit secret. Nos élèves n’apprennent pas ce qu’on leur enseigne. Nous donnons de très bonnes leçons, nos élèves semblent attentifs et intéressés, et pourtant, quand on regarde leur travail, les résultats sont souvent déconnectés du contenu de notre enseignement. Comme David Ausubel l’a noté il y a 50 ans : puisqu’un enseignement de qualité se fonde sur la situation réelle des élèves plutôt que sur la situation dans laquelle nous souhaiterions qu’ils soient, nous devons comprendre ce qu’ils ont vraiment appris avant de passer à autre chose.

L’idée que l’évaluation doit aider l’apprentissage et qu’il convient de mesurer la réussite de celle-ci n’est pas nouvelle. Dans ses travaux sur la pédagogie de la maîtrise, menés dans les années 1960, Benjamin Bloom affirme que l’apprentissage est imprévisible et qu’il est donc essentiel pour les enseignants de comprendre ce que les élèves apprennent pour prendre des décisions pertinentes. C’est une opinion radicale à l’époque, puisque l’idée que certains élèves réussissent mieux que d’autres quoi qu’il arrive fait alors consensus. Loin d’accepter l’idée que les résultats scolaires sont distribués selon une « courbe en cloche », Bloom suggère que cette distribution dite normale est synonyme d’échec pédagogique, puisqu’elle ne fait que reproduire les conditions naturelles. Le rôle de l’enseignant est de gommer cette courbe en cloche. Pour cela, l’enseignant doit donc prêter une plus grande attention pédagogique aux élèves qui en ont besoin pour réussir.

On parle parfois d’évaluation formative ou d’évaluation-soutien d’apprentissage quand on utilise l’évaluation pour améliorer l’apprentissage. De nombreux auteurs utilisent d’ailleurs ces termes de façon interchangeable. Pourtant, d’importantes différences existent entre ces deux notions.

L’évaluation-soutien d’apprentissage consiste à utiliser l’évaluation avec comme but premier d’améliorer l’apprentissage, plutôt que de le mesurer. Si lundi je dis à mes élèves qu’il y aura un contrôle le vendredi suivant, et s’ils travaillent pour s’y préparer, il est probable que l’évaluation améliore leurs connaissances — même si finalement je n’organise pas de contrôle ce vendredi-là. Le contrôle peut être une technique d’apprentissage très efficace : des centaines d’expériences psychologiques ont montré que passer un test — même non noté — améliore les connaissances. C’est en effet un bon entraînement pour faire travailler sa mémoire, ce qui sur le long terme fait progresser l’apprentissage.

Ces deux utilisations de l’évaluation peuvent être qualifiées « d’évaluations-soutien d’apprentissage », puisqu’ici le but de l’évaluation est de favoriser l’apprentissage. Par contre, ce ne sont pas des cas d’évaluation formative, car, pour cela, les résultats de l’évaluation devraient être utilisés pour améliorer l’enseignement. Ainsi, une évaluation est formative quand des données tirées de l’évaluation sont utilisées — par les enseignants, par les élèves, ou d’autres acteurs — pour prendre de meilleures décisions par la suite.

D’après cette définition, il n’existe pas une « évaluation formative », car les données tirées de l’évaluation peuvent être utilisées de façon formative ou de façon sommative. Si je vois qu’un élève connaît 50 % des tables de multiplication entre 1x1 et 10x10, je fais une conclusion sommative. Mais si je me penche plus précisément sur les résultats du contrôle et que je constate que les difficultés de cet élève portent sur la table de sept, alors je peux, en tant qu’enseignant, faire quelque chose.

La même évaluation — et d’ailleurs le même résultat — peut être utilisée de façon formative ou sommative. C’est pourquoi ces mots, « formative » et « sommative », sont davantage adaptés aux types de conclusions qui peuvent être tirées des résultats de l’évaluation qu’au type d’évaluation en tant que tel.


Dylan_Wiliam

Dylan Wiliam est professeur émérite d’évaluation pédagogique à l’University College de Londres. Au cours de sa carrière, il a enseigné dans des écoles publiques urbaines, dirigé un programme d’évaluation à grande échelle, occupé un certain nombre de postes administratifs à l’université — il a notamment été doyen d’un centre de formation pour enseignants — et a mené des recherches sur l’évaluation-soutien d’apprentissage.

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